S. E. M. Dennis Thokozani Dlomo, ambassadeur de l'Afrique du Sud en Algérie « Notre principal intérêt régional c'est de travailler avec l'Algérie »

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  • Posted 09 January 2018

Oil&Gas Business Magazine : Votre Excellence, pourriez-vous nous parler de l’état des relations commerciales entre l'Algérie et l'Afrique du Sud ? 

 

S. E. M. Dennis Thokozani Dlomo : Les échanges entre nos deux pays sont bons, cependant, nous pourrions les développer davantage afin qu’ils atteignent un niveau digne de deux grands pays d’Afrique. Pour y parvenir, notre ambassade multiplie les rencontres entre les hommes d’affaires des deux pays, afin d’échanger les connaissances en matière d’opportunité des investissements et des échanges commerciaux. À titre d’exemple, nous avions organisé le 30 janvier dernier, un séminaire réunissant des investisseurs des deux pays avec les services de douanes, d’abord en Algérie, puis en Afrique du Sud au mois de février dernier. La rencontre de Johannesburg, entre les chambres de commerce et d’industrie algérienne et sud-africaine, qui s’est tenue en présence de l’ambassadeur algérien en Afrique du Sud, Son Excellence, Abd El Naceur Belaid, s’effectuait dans l’objectif de faire connaître les opportunités d’investissement dans les deux pays. 

 

Ces rencontres faisaient suite à la conférence de décembre organisée par l’Algerian Energy Company AEC, qui a rassemblé des hommes d'affaires de tout le continent pour étudier les opportunités d’investissements et le développement des affaires.

Aujourd’hui, nous projetons d’organiser un autre déplacement de la délégation algérienne d'hommes d'affaires en Afrique du Sud au début de l’année 2018, afin d’optimiser l’exploration des opportunités existantes.

Mais comme premier bilan, je pourrais affirmer que les membres de la délégation sud-africaine ayant participé aux réunions citées, nous ont dit lors d’un briefing que ces rencontres étaient un grand succès ! 

 

 

Quels sont les principaux domaines d’investissements en Algérie relevés par les membres de la délégation sud-africaine ?

 

L’Algérie recèle un énorme potentiel d’investissement et ce, à tous les niveaux. Mais il y a des secteurs saillant qui ont capté l’intérêt de nos investisseurs. Je citerais en premier lieu le secteur de l'agriculture, l’agroalimentaire, et l'agro-business en général. Il y a aussi un secteur connexe qui est celui de la purification de l’eau. Il y a de l’expérience et de la technologie à échanger en la matière dans nos deux pays. 

 

Mais pour être franc, nous sommes intéressés principalement par le gaz naturel liquéfié (GNL) algérien. Actuellement, nous n'importons pas du GNL de l'Algérie, ni du GPL d’ailleurs, mais il y a un énorme potentiel que nous pouvons déjà commencer à étudier pour entamer de bonnes relations de partenariat énergétique. Nous avons eu une réunion avec le P-DG de Sonatrach et pris des engagements avec Naftal. 

 

Nous voudrions importer de l'énergie d'Algérie, non seulement pour augmenter notre capacité de production et satisfaire notre marché local, mais aussi fournir de l’électricité à des pays voisins, tels que le Zimbabwe, la Zambie, le Lesotho…

En contrepartie, l’Afrique du Sud pourrait apporter son expertise en matière de production des lubrifiants. 

 

L’Afrique du Sud a connu de grandes perturbations dans sa distribution électrique ses dernières années. La situation s’est-elle améliorée ? Quelle a été la réponse de l’État face à cette situation ? 

 

En effet, il y a eu un énorme problème au niveau de la distribution électrique en 2015. Nous enregistrions des pannes régulières. L’État est intervenu et ce problème est devenu sa priorité pendant quelque temps. Un concept d’« énergie indépendante » a été établi et le problème fut réglé grâce aux producteurs indépendants d’énergies. Depuis nous n'avons plus observé de coupures. Avant cette année, tout le réseau électrique appartenait à l’État, mais depuis l’introduction des producteurs indépendants - qui ont une connexion directe au réseau électrique - la production nationale en électricité dépasse les besoins locaux. 

Pour couvrir ses besoins énergétiques, électriques et autres, notre pays - qui continue d’exploiter et d’utiliser les énergies fossiles - a développé un grand savoir-faire et une expérience importante en matière d’énergies renouvelables, notamment, pour approvisionner certaines petites communautés en électricité. Il va sans dire que le potentiel de nos deux pays en matière d’énergies renouvelable est énorme, et les options d’investissements sont nombreuses, principalement dans les ressources solaire et éolienne.

 

Vous parlez des énergies éolienne et solaire. Pourrions-nous avoir brièvement une idée sur l’expérience de votre pays en la matière ? Avez- vous de grands parcs éoliens ? Solaires ? Pourrions-nous savoir comment se mesure la consommation de cette énergie ? 

 

Nous sommes le seul pays au monde à avoir un aéroport qui fonctionne avec seulement de l'énergie renouvelable, pour vous donner une idée sur l’État d’avancement de cette énergie chez nous. En effet, le pays a adopté une politique d'énergies mixtes, car nous poursuivons l’utilisation des énergies traditionnelles comme les hydrocarbures et le charbon, qui sont toujours disponibles. Ce mixage nous permet d’assurer une offre énergétique soutenue. 

Pour les ENR, je peux dire que les technologies en la matière sont en train d’évoluer quotidiennement car le gouvernement donne des directives claires quant à l'orientation future. Ainsi, nous avons pu développer les équipements ainsi que les capacités de stockage de l'énergie solaire et éolienne produite. Nous avons aussi accumulé une grande expérience dans la production, le stockage et la distribution. Ces atouts font que l’Afrique du Sud devient de plus en plus une terre attractive pour les producteurs et investisseurs indépendants dans ce domaine. 

Le pays organise également une conférence annuelle des nouvelles technologies, où sont exposées les dernières inventions. Cette rencontre conclue à chaque fois la naissance de nouveaux projets de la part des producteurs indépendants.

 

 

Justement, à ce propos, savez-vous s’il y a des hommes d’affaires sud-africains désireux d’investir dans le projet algérien de production des 4 000 MW ?

 

Nous nous sommes accordés avec le ministre algérien de l'Energie pour organiser un séminaire sur les énergies renouvelables et qui ramènerait l'écosystème sud-africain en Algérie pour que ces hommes d'affaires puissent discuter avec les Algériens et définir les projets à entreprendre ensemble. 

Ces entreprises voudraient contribuer aux objectifs gouvernementaux pour le développement des énergies renouvelables mis en place. D’ailleurs, j’avais rencontré le ministre de l’Energie, puis nous avons eu des discussions avec le P-DG de Sonatrach ainsi que la ministre de l'Environnement et des Energies renouvelables. Nous pourrions dire que c'est un processus continu de recherche des investissements.

Nous souhaiterions préciser ici, que ces démarches s’inscrivent dans un processus bilatéral et multilatéral. Ce dernier nous l’avons engagé lors d’une rencontre avec le directeur intérimaire de l’African regional energy commission l’AFRECOM, dont le siège se trouve ici en Algérie, sur le développement de ce secteur ô combien prioritaire pour l’Afrique. Mais notre principal intérêt régional, c'est de travailler avec l'Algérie.

 

Toujours dans le domaine des énergies nouvelles, pouvez-vous nous parler du développement de l’énergie nucléaire, de vos centrales nucléaires ? Y a-t-il une volonté de diversification dans cette source d’énergie ?

 

En effet, nous disposons de centrales nucléaires en Afrique du Sud, nous avons une capacité de production nucléaire et nous produisons nos propres isotopes, lesquels sont utilisés pour le traitement contre le cancer. Cela n'aurait pas été possible sans la recherche dans le domaine nucléaire.

Nous croyons fermement à l'utilisation pacifique de cette énergie, mais aussi à la capacité de son développement dans le monde dans lequel nous vivons. 

À la dernière réunion des Nations Unies, nous avons signé un protocole de prohibition de l'armement nucléaire et promu l'utilisation pacifique de cette énergie. C'est un domaine dans lequel notre gouvernement est très actif. 

 

L’Afrique du Sud est un grand pays minier, et possède l’une des plus grandes réserves d'or et de diamants dans le monde, et surtout une expérience avancée en la matière ? Y a-t-il des projets de coopération dans ce secteur en Algérie ?

 

En effet, les mines et la technologie minière sont des domaines dans lesquels nous avons beaucoup d’expériences. Nous avons développé des expertises dans un grand nombre de filiales minières, notamment dans l'or, le diamant, le fer et le phosphate et nous savons que l’Algérie offre des opportunités d’investissements dans ces matériaux. Nous sommes complètement disposés à apporter notre savoir en la matière ici en Algérie.

Lors du séminaire de décembre dernier, ayant réuni les deux chambres de commerces, des investisseurs appartenant au secteur minier y étaient présents. Cependant, ils se sont heurtés à la lenteur d’enregistrement des projets, d’installation des entreprises et surtout de financement. 

 

OGB : Qu’en est-il de la coopération bilatérale en termes de défense ?

 

Nous avons de bonnes relations et des échanges réguliers dans le domaine de la défense. Il y a une équipe d'un comité de défense qui se réunit régulièrement avec ses homologues algériens. Cette équipe se réunira à la fin de cette année en Algérie, quant à la prochaine réunion du genre, elle est prévue en Afrique du Sud en 2019. 

 

L’Afrique du Sud est une grande destination touristique, et l’Algérie projette le développement de son tourisme. Y a-t-il des projets ou des ambitions de coopération dans ce secteur ?

 

Le tourisme est un secteur qu’il m’est important d’évoquer. En effet, nous sommes la première destination touristique dans le continent. Cela a fait en sorte que nous avons pu développer tout un l’écosystème touristique, des petits investisseurs qui utilisent leurs maisons pour loger les visiteurs, aux grands hommes d’affaires possédant de grandes infrastructures hôtelières. Le pays possède une grande tradition et un grand savoir dans toutes les échelles de l’activité touristique. Des savoirs que nous développons continuellement par l’organisation d’une conférence mondiale annuelle sur le tourisme. Les promotions de nos potentiels et de nos activités touristiques se font aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Nous avons, à titre d’exemple, des associations et des plans de vacances que nous organisons à l’intérieur d’un réseau international qui n'inclut malheureusement pas l'Algérie pour le moment. Ceci dit, beaucoup d'échanges peuvent avoir lieu dans ce domaine. Le potentiel touristique algérien est immense. L’Algérie a beaucoup de traditions, de sites historiques et de paysages à partager avec le monde. Ces atouts constituent avec l’infrastructure touristique en développement, le potentiel humain qui se forme dans de bonnes écoles hôtelières, les agences de tourismes répandues un peu partout, une bonne base qu’il faut encourager. 

Beaucoup de Sud-Africains ne connaissent l'Algérie que par sa lutte pour son indépendance. Il y a aussi des petites communautés musulmanes actives qui connaissent les habitudes et pratiques culturelles en Algérie et qui sont toujours interactives avec votre pays, mais ne le visitent pas en général, cela est peut-être dû à la barrière linguistique. En tout cas, c’est un potentiel à développer. 

Bien sûr, je ne peux m’empêcher ici d’évoquer l’absence de lignes directes entre nos deux pays, qui n’est pas seulement nécessaire pour le tourisme, mais pour tous les projets de coopération. Actuellement, les produits sud-africains sont d'abord exportés vers l'Europe, (achetés par des Espagnols, des Hollandais, des Anglais…) avant d'être revendus à l'Algérie.

 

Le transport, et la création d’une ligne directe sont donc, le premier défi à relever pour encourager les échanges bilatéraux puis multilatéraux (à l’échelle du continent).

 

Et pourtant, il y avait un projet d’établissement de ligne aérienne entre Alger et Johannesburg. Où on est ce projet actuellement ? 

 

Air Algérie projette effectivement le lancement d’un projet de ligne aérienne entre Alger et Johannesburg. Nous avons été sollicités pour fournir un avion. Cela transformerait certainement le rythme des échanges commerciaux. Premièrement, cela augmenterait le niveau de ces échanges (en nombre et fréquence), puis cela rapprocherait les liens entre les peuples, et ensuite, de consolider les relations entre l'Algérie et l'Afrique du Sud. Dans cette configuration, nos deux pays pourront progresser davantage dans l’exécution de l'agenda Africain, car c'est de cela qu'il s'agit en fin de compte. 

Toutefois cela demeure un grand défi, car le succès d’une ligne aérienne entre deux aéroports dépend de la rentabilité de la ligne. S’il s’avère qu’il n’y a pas un nombre important de passagers, le projet sera voué à l’échec. 

 

Le lancement de la Zone africaine de libre-échange (ZLE) est attendu avant la fin de cette année. Comment votre pays, qui est la première puissance économique dans le continent, perçoit-il ce projet ?

 

Le lancement de la ZLE est pour nous une chose très importante, car cette mesure supprimerait les obstacles douaniers, administratifs et autres et faciliterait la circulation des produits à l'intérieur du continent tout en stimulant la circulation et les activités des hommes d'affaires. Cette ZLE est importante et même urgente pour le continent. Permettez-moi de vous donner une image de la situation actuelle. Un pays africain comme le Cameroun, doit passer par la France pour les échanges commerciaux avec la République du Congo, qui se trouve pourtant à ses frontières ! Le lancement d’un tel projet permettrait d’économiser le temps, l’argent, et multiplier les échanges en termes de volumes et de fréquence. C'est pour cela que nous voulons lancer ce projet de réseau de partenariat pour le développement africain. Il y a des projets qui sont justement inscrits dans cette optique. Ici, dans le Nord du continent par exemple, le président Abdelaziz Bouteflika est responsable de l’exécution de la route qui relierait le nord et l'ouest au centre et sud de l'Afrique. Le lancement de cette ZLE est même vital pour le continent qui est en pleine expansion économique et démographique. Cela renforcerait la coopération, les échanges, les déplacements entre les acteurs économiques de 55 pays, et rendrait le continent plus efficace et plus attractif aux yeux des investisseurs des autres continents. 

 

 

Quels seraient selon vous, les principaux défis auxquels serait confrontée la mise en œuvre de cette ZLE ?

 

La mise en place effective de la ZLE passe par trois étapes. La première consiste à l’homogénéisation des différentes communautés économiques régionales, qui ne sont pas toutes au même niveau. Nous sommes d'accord pour relever le niveau des communautés régionales et je pense que c'est faisable car la Zone économique de l’Afrique de l'est par exemple, est déjà en place et va s'étaler peut-être jusqu’en Égypte pour des raisons historiques. L'Afrique de l'Ouest est déjà intégrée avec d'autres communautés. L'Afrique du Nord reste encore un défi, qui ne possède actuellement qu’une sorte d'agrément de libre-échange.

Le deuxième défi serait l'intégration des pays du Sud à l'Afrique de l'Ouest, avant de passer à l’intégration de l'Afrique du Nord.

Ce processus en phases est lent, et doit être accompagné par tout un processus de résolution des obstacles juridiques. Mais je reste très positif cela deviendra bientôt une réalité pour le continent. 

Mais il faudrait préciser que le commerce intra-Africain ne pourrait réussir sans le développement des infrastructures, qui pour l’heure, empêchent et entravent le libre-échange commercial. C'est l'une de nos priorités ! 

Nous avons de l’espoir dans cette ZLE, et dans le futur de notre continent. Si l’on regarde le monde en tant qu'Africains, ce sera à notre avantage, et nous pourrons avoir la jeunesse de notre côté.

 

Le monde est en train d'évoluer. Les centres de pouvoir et rapports de force se meuvent et le Brics, en est l’une de ses expressions. L’Afrique du Sud est membre du Brics. Comment votre pays perçoit-il le changement à travers son engagement dans le Brics ?

 

Notre approche est que l'Afrique du Sud ne sera jamais une île de prospérité sans qu’elle participe à la résolution du problème de pauvreté en Afrique, et ceci a été sa démarche pendant des années. Dans notre politique, l'agenda africain prime sur tout. Au niveau du Brics, nous mettons le continent en figure de proue. Nous sommes dans ce sens, en train d'installer les quartiers généraux pour des projets de développement. Nous nous sommes rencontrés avec les autres membres de cette organisation et nous avons étudié les premiers projets intercontinentaux. Nous voudrions par notre engagement renforcer l’amélioration des infrastructures du continent. Il faudrait noter que le monde est en train de se développer mais en même temps il y a quelques effets perturbateurs incarnés par les avancées technologiques. Ces perturbations facilitent beaucoup de choses dans la vie, mais ont des conséquences sur la réduction des mains-d’œuvre, en rendant des postes de travail obsolètes, dépassés. 

Au sein du Brics, nous prenons cela en considération, et nous devrions nous positionner dans une situation avantageuse pour nous assurer de ne pas manquer la prochaine révolution. Nous devrions faire plus de progrès dans la santé, l’intelligence artificielle et la robotique. Notre approche, c’est que nous pourrions réaliser beaucoup de choses différemment si on s'avance sur un nouveau terrain. 

par : Selma Kasmi et Zineb Amina Maiche. 

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