Mehmet Poroy, Ambassadeur de la République de Turquie en Algérie: « 900 sociétés turques sont établies en Algérie »

 

Mehmet Poroy est Ambassadeur de la Turquie en Algérie, dans cet entretien, il revient sur la longue amitié entre l’Algérie et la Turquie et le passé qu’ils ont en commun, mais surtout il souligne l’importance des relations économiques entre les deux pays ainsi que l’intérêt porté par les investisseurs turcs.

 

Oil & Gas Business Magazine : Quels sont les principaux échanges entre l’Algérie et la Turquie ?

S. E. M. A. Mehmet Poroy : Le domaine de l’énergie est une partie importante de notre relation avec l’Algérie. Nous importons du gaz (GNL) et l’Algérie est notre principal fournisseur de gaz naturel après la Russie, L’Iran et l’Azerbaïdjan. L’année dernière nous avons importé  4,4 milliards de mètres cube de gaz d’Algérie. Depuis plus de 20 ans, nous entretenons cette relation dans le domaine de l’énergie. Les deux sociétés Sonatrach et BOTAŞ ont signé un contrat en 2014 pour renouveler le contrat à long terme. Cette collaboration continue de manière satisfaisante.

 

L’Algérie est un fournisseur fiable. C’est très important pour la Turquie qui souhaite diversifier un peu ses fournisseurs, afin de garantir une certaine sécurité au niveau de l’énergie. Les besoins de la Turquie sont en gaz et en pétrole. Il faut savoir que le gaz algérien représente 8% de la consommation turque. D’autre part, nous sommes exportateurs surtout d’équipements pour l’industrie automobile, de machines et de textile.

 

Par ailleurs, l’investissement est également un axe de coopération majeur entre nos deux pays, et les sociétés turques manifestent leur vif intérêt pour investir en Algérie. A ce titre, des rencontres et des visites sont organisées entre des sociétés turques et algériennes, afin de rechercher des opportunités de collaboration.

 

Lors de ma rencontre avec M. le Ministre de l’énergie, l’occasion nous a été donnée d’exprimer notre satisfaction quant à nos excellentes relations, et d’aborder le volet investissement sur le territoire algérien, ainsi que le secteur de l’énergie.

 

Qu’en est-il des relations commerciales ?

 

Le commerce est important avec l’Algérie. Il faut indiquer que l’Algérie est notre premier partenaire commercial au niveau du continent Africain. Il a été estimé en 2016 à trois milliards de dollars environ. Auparavant, il était de 4 milliards de dollars et de 5 milliards en 2014. La baisse est liée à la conjoncture mondiale. Mais trois milliards de dollars c’est une belle performance.

 

Nous souhaitons cependant augmenter le volume des échanges. Nous sommes à la 7e place dans le commerce extérieure de l’Algérie. D’autre part, il faut souligner que nos relations économiques ne sont pas limitées aux commerces.
 Nos investissements sont aux alentours de 3 milliards dollars, que nous voulons bénéfiques pour l’économie algérienne, dans ces moments difficiles.

 

Parmi les investissements turcs d’envergure en Algérie, il y a la sidérurgie de Tosyali à Oran. Elle a investi déjà presque 2 milliard de dollars. Et leurs travaux d’élargissement des capacités se poursuivent. A Relizane, Tayal, société turque spécialisée dans le textile en partenariat avec une société algérienne, a achevé la construction d’un bâtiment destiné à abriter un grand complexe de textile. D’autre part, le montage des machines pour la production du textile a été finalisé. Le lancement du produit sera pour début 2018, pour un investissement global d’un milliard de dollars.

 

La règle imposant une prise de capital pour l’investissement étranger inférieur à 49 % est-elle gênante ?

 

Il parait que les grandes sociétés ne sont pas gênées. Par exemple ce grand complexe de textile a appliqué cette règle, et la société algérienne possède 51 % de l’usine. Il faut savoir que les hommes d’affaires trouvent des solutions. Avec les deux grands investissements, nous en sommes déjà à plus de deux milliards de dollars. Il y a d’autres usines comme à Blida, l’un des plus anciens investissements turcs dans le domaine des produits hygiéniques est Hayat Kimya. Ils sont très actifs et comptent aussi élargir leur investissement. Ils contribuent à fournir de l’emploi dans cette région et nous sommes fiers de la présence de cette société, car les autorités locales la citent en exemple. Il faut savoir aussi qu’une société très connue dans le secteur pharmaceutique en Turquie, en l’occurrence Adi Ibrahim, ouvrira une usine de production dans la capitale. Il s’agit d’un partenariat avec une société algérienne.

 

Il est prévu aussi des investissements dans le secteur automobile à Ain Temouchent. Sans compter aussi sur la présence des usines de construction de production dans divers domains agroalimentaire comme les biscuits et la tomate concentrée. En tenant compte de la situation économique de l’Algérie, nous essayons d’encourager nos hommes d’affaires à créer des partenariats avec les algériens. L’Algérie est un pays stable du point de vue politique et sécuritaire, et cela est très important surtout dans cette région pleine de risques.

 

A combien se compte la population turque en Algérie et qui sont-ils ?

 

Ce sont principalement des ingénieurs, des travailleurs, des commerçants. Les chiffres ne sont pas exactement connus car il y a une circulation constante des citoyens turcs en Algérie, mais nous pouvons l’estimer entre 8000 et 10 000 ressortissants turcs.

 

Procédez-vous à un échange de savoir faire avec la main d’œuvre algérienne ?

 

Les travailleurs algériens reçoivent l’information, l’assimilent et l’appliquent. Surtout dans le secteur de l’industrie. Au début, les turcs sont aux commandes des opérations, puis ils dispensent la formation aux Algériens, qui eux, la poursuivent. Ce qui est considérablement moins couteux que de faire appel à des techniciens étrangers. D’ailleurs, les autorités algériennes sont contentes de l’approche des sociétés turques.

 

Qu’en est-il du secteur de la construction ?

 

La construction est peut-être la plus grande partie de nos relations économiques et de notre presence sur le territoire algérien. Nous avons plus de soixante sociétés turques de construction. Une liste établie par un magazine sur la construction à l’internationale, donne les 250 premières sociétés au niveau mondial, on y trouve 40 sociétés turques et parmi ces 40, 11 sont actives sur le territoire algérien. Cela montre la puissance et les capacités de ces sociétés.

 

Nous sommes actifs dans la construction principalement de logements. En effet, des dizaines de milliers de logements à travers tout le territoire algérien sont construits par les sociétés turques. Leurs travaux avancent bien et les autorités algériennes sont satisfaites. Il existe aussi de grandes sociétés qui construisent des barrages et qui sont actives dans la construction de l’autoroute comme pour la pénétrante de l’autoroute est-ouest vers Tizi Ouzou ou au niveau du port d’Oran. Les sociétés turques implantées en Algérie, sont également actives dans la construction de tunnels, de projets de tramway et de voies ferrées. Elles opèrent soit pour leurs comptes, ou en qualité de sous-traitant pour les sociétés algériennes.

 

Lors des visites qu’il m’a été donné d’effectuer à travers le territoire algérien, j’ai constaté, que dans chaque wilaya ou presque, une société turque était présente, pour prendre en charge un projet de construction d’un hôpital, d’un stade ou de logements.

 

Je veux aussi indiquer un point essentiel : nous sommes loin géographique- ment mais le niveau de commerce est important, les investissements aussi, car l’aspect humain est essentiel.

 

En effet, culturellement, les turcs et les algériens ont des points communs. Ils se ressemblent beaucoup malgré la différence de la langue. La culture, la religion, l’approche humaine aux problèmes sont similaires. Et cela, aide beaucoup nos hommes d’affaires dans leurs activités en Algérie. Les hommes d’affaires turcs que je rencontre me disent toujours sans exception qu’ils se sentent comme s’ils étaient chez eux ici en Algérie. Cela démontre nos relations très étroites. Nous avons un passé commun. Cela fait cinq siècles que les turcs sont arrivés suite à l’invitation du divan d’Alger pour éloigner les forces espagnoles qui se trouvaient dans certaines villes côtières comme Bejaia, Jijel et Alger. Nous avons passé trois siècles en Algérie et ce, jusqu’à l’occupation française. Lorsque nous avons organisé les activités culturelles pour commémorer le cinquième siècle du début de nos relations, nous avons pu observer la ressemblance comme par exemple, lors des défilés de costumes anciens en coopération avec une société à Médéa ou lors de la soirée spéciale henné. Il faut souligner également la connexion étroite dans le transport aérien ente l’Algérie et la Turquie. Cela joue un rôle très important. Nous avons à peu près une cinquantaine de vols par semaine avec Air Algérie et Turkish Airlines. A partir d’Alger, quatre vols quotidiens sont assurés vers Istanbul. Cela renforce les relations économiques, touristiques et culturelles. Les algériens aiment beaucoup la Turquie comme destination touristique. Après la Tunisie, la Turquie est en deuxième position des destinations touristiques prisées des algériens. Le système de visa en vigueur entre les deux pays est performant et nous faisons tout pour faciliter ce système. Nous avons établi en 2013 un système de visa électronique pour les personnes de plus de 35 ans ou de moins de 18 ans. Par le biais d’une carte de crédit et d’une connexion, ils peuvent obtenir leur demande de visa sans avoir à se déplacer. Quant à ceux âgés entre 18 et 35 ans ils doivent effectuer le dépôt de la demande et obtenir le visa sur le passeport, nous travaillons avec une société spécialisée dans ce domaine dont les bureaux sont à Alger, Oran et Constantine. Il faut compter trois jours pour l’obtention d’un visa pour la Turquie.

 

Il était question de créer un accord de libre-échange entre la Turquie et l’Algérie ?

 

Il est toujours sur la table et nous y attachons une grande importance. Il facilitera les procédures douanières des échanges commerciaux.

 

Existent-ils des entreprises algériennes qui ont investi en Turquie ?

 

Il existe des sociétés algériennes établies en Turquie, une centaine, mais parfois elles ne sont qu’enregistrées sans être vraiment actives. Par contre 900 sociétés turques sont établies en Algérie. Nous sommes le troisième pays représenté ici.

 

Où en est la Turquie en matière d’environnement et d’énergie renouvelable ?

 

Nous avons commencé à construire des parcs éoliens et d’autres à l’énergie solaire car le soleil est très présent en Turquie. Nous avons commencé à investir mais ce n’est pas encore un secteur très développé. La capacité de production de l’électricité à partir de l’énergie solaire est de 1500 MW actuellement. Des sociétés turques ont la capacité de coopérer avec l’Algérie pour investir dans le secteur des énergies renouvelables. Nous attirons l’attention de nos sociétés pour explorer cette possibilité.

 

 

 

 

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