Donald Trump précise son programme

Depuis le 8 novembre dernier, le monde vit au rythme des déclarations de Trump qui sont tantôt radicales tantôt flexibles. Mais que sera la présidence de Donald Trump à travers son programme annoncé et ses récentes déclarations depuis la Trump tower. A l'heure actuelle, les promesses de campagne du candidat Trump sont présentes dans le discours, sans que les mesures qui seront mises en œuvre pour leur application ne soient très explicites. La raison à cela est que Donald Trump s'est entouré de nombreux conseillers qui sont là pour atténuer ses propos quitte à laisser planer le doute. Première sortie publique, une conférence de presse par vidéo, ou le futur locataire de la Maison Blanche a présenté ce qu’il compte faire au lendemain du 20 janvier prochain. En clair, son équipe de transition travaille assidûment pour préparer l'annonce de son gouvernement et les principaux membres de son administration.

Tour d'horizon des grands axes du programme de Trump

Un programme économique, par trop teinté de protectionnisme, mais qu’est-ce que le vote Trump changera pour le secteur de l'énergie? Quelles conséquences pour l'industrie pétrolière et les matières premières? Pétrole, charbon, gaz de schiste, quels sont les choix de Donald Trump? Dire que de grandes incertitudes se profilent pour la mise en œuvre du programme de Donald Trump relatif aux énergies est un euphémisme. Quant à savoir ce qui se passera ensuite, personne ne peut en faire le pari avant que le président nouvellement élu, n’abatte toutes ses cartes.

Premier effet d'annonce, Donald Trump a explicitement énoncé ses propositions énergétiques lors de la conférence pétrolière du bassin de Williston, la capitale américaine du gaz de schiste. Le choix n'est pas fortuit. Il ne s'en est jamais caché, le président Trump donne la priorité à la relance de la production de toutes les énergies fossiles et à la remise en selle des grands projets d’infrastructures. Il lui faudra pour cela assouplir la réglementation qui pèse sur l’extraction des hydrocarbures aux Etats-Unis ; Trump promet également de libérer les autorisations pour plus de forages, plus de pétrole, y compris dans l’Arctique. Il est aussi favorable au projet Keystone XL, cet oléoduc qui doit acheminer le pétrole issu des sables bitumineux de l’Alberta vers le Nebraska au centre des Etats-Unis, pour ensuite le tranférer vers le Sud où sont implantées les raffineries du golfe du Mexique. Evoquant le Keystone XL durant la campagne présidentielle, Trump a notamment déclaré : « Je l’approuverai à 100% mais je veux de meilleures conditions. » Trump souhaite toutefois renégocier les termes du contrat avec la société canadienne TransCanada qui est en charge de la construction du pipeline. Parmi ses déclarations à ce sujet, Donald Trump veut une part des bénéfices, soulignant : « Nous faisons en sorte que ce projet existe via des expropriations et je veux une partie des bénéfices pour les Etats-Unis ». Car, faut-il, le rappeler le cheval de bataille de Donald Trump sont ses slogans « Indépendance énergétique », un thème récurrent, et « l'Amérique d'abord ». Trump veut par ailleurs donner son feu vert au maintien des mines de charbon en activité. Actuellement, on compte aux Etats Unis quelques 66 000 emplois dans l’industrie du charbon, mais il sera fastidieux de relancer l'industrie du charbon, même si la réglementation liée à l'environnement pourra être restreinte, la production et l'utilisation de charbon comme source d'énergie demeure antinomique vis à vis des règles environnementales.

Concernant le climat et le réchauffement climatique, Donald Trump laisse planer la menace sur les énergies renouvelables, comme sur tous les projets de l’administration Obama liés aux énergies. Il est certes pro-énergie fossile et a même été qualifié de « climato-sceptique », mais commence déjà à nuancer son propos sur la promesse de campagne qui portait sur son engagement à suspendre l’accord de Paris et tous les financements aux programmes des Nations-Unies sur le réchauffement climatique. Pour Trump, les énergies alternatives sont coûteuses et inesthétiques pour l'environnement. Il a toujours déclaré sa préférence pour le charbon et le gaz naturel, ajoutant que l'énergie solaire est peu fiable.

Cap sur le schiste

Fidèle à ses plans, Trump a promis de promouvoir le crédit-bail pour l'exploration pétrolière y compris dans l'offshore, de mettre un terme au moratoire sur le charbon, et d'ouvrir les vannes de la production de pétrole de schiste. Il faut souligner que les producteurs américains de pétrole de schiste ont été malmenés par la chute des cours. Donald Trump serait également ouvert à la mise au rebut de certains règlements mis en veilleuse sous l'administration Obama concernant la fracturation hydraulique. Le secteur essaie de déterminer la perspective à adopter pour faire repartir la production du pétrole et du gaz de schiste eu égard aux nouvelles promesses qui sont d'ores et déjà annoncées en faveur des producteurs. Dans ce contexte, l'essor du schiste est un projet solidement construit par les lobbies acquis à Donald Trump.

Quant au choix des hommes qui vont présider aux destinées du secteur pétrolier, c'est connu, ils se situent dans le premier cercle des partisans du développement du schiste, à l'instar de Harold Hamm, « le roi du schiste » et Kevin Cramer. Tous deux font partie des conseillers de Trump aujourd’hui, ils sont pressentis à des postes dans la prochaine administration. Donald Trump avait affirmé lors d'une conférence sur les hydrocarbures de schiste en septembre : « Je vais lever les restrictions sur l'énergie et permettre à cette nouvelle ressource de profiter aux communautés locales ». Parmi les retombées de cette politique libérale, l'accroissement de la surproduction mondiale, qui est à l'origine de la chute des prix du pétrole ces deux dernières années. Grâce en effet à l'exploitation du schiste, la production américaine est passée de 5,5 millions de barils/jour en 2010 à 9,6 millions en 2015. Depuis, on a observé un ralentissement des importations américaines de brut, provoquant mécaniquement une baisse des prix du brut sur le marché pétrolier. L'effet boomerang de l'abondance de ce produit sur les marchés et en conséquence la chute de ses prix a de facto conduit à un recul de la production américaine qui est tombée sous la barre des 9 millions de barils/jour. Cette situation aura engendré la fermeture de nombreux puits.

Désormais élu, Trump peut il agir sur les prix et impacter le marché pétrolier avec les mesures annoncées en faveur de la levée de tous les verrous et la libéralisation des activités pétrolières ? Au plan international, l'élection de Donald Trump risque de déjouer tous les pronostics de l’OPEP concernant le maintien de l’équilibre dans l'offre mondiale de pétrole. Il y a également ce rapprochement de Trump vis-à-vis de la Russie et de Vladimir Poutine qui constitue la grande inconnue, ce qui pourrait rendre plus ardues les décisions à court terme au sein de l’OPEP. La victoire de Trump pourrait aussi rendre la tâche plus compliquée pour le cartel dans sa démarche de sortie de crise. Même si, la récente réunion de l'OPEP le 30 novembre dernier à Vienne, est parvenue à un accord sur la limitation de la production, les cours du pétrole ne devraient pas dépasser les niveaux actuels comme le prédisent les observateurs des grands dossiers du pétrole.

L’Arabie saoudite et l’Iran sous pression

Toute restriction dans les importations de pétrole ou de GNL par les Etats-Unis mettra davantage de pression sur les économies des pays de l’OPEP dont les budgets dépendent fortement des hydrocarbures. Ainsi, du coté de l’Arabie Saoudite, on décèle certaines inquiétudes. Le royaume wahhabite, qui souhaite le maintien des importations de pétrole par les Etats-Unis à leurs seuils actuels, laisse apparaître ses appréhensions. Ceci étant, les positions du nouveau président sur certaines questions liées au protectionnisme ne sont pas toutes clairement définies, les conseillers du tout nouveau président sont là pour tempérer les déclarations de campagne et atténuer les effets d'annonce. Pour le ministre saoudien du Pétrole, Khaled Al Falih, les instincts interventionnistes de Trump sont en contradiction avec le marché libre en Amérique. À ce stade de la transition entre Trump et son prédécesseur Obama, peu de choses sont clairement affirmées.

Autre interrogation qui se pose, quelle sera la démarche qui sera adoptée à l’égard de l'Iran. Trump a menacé de revenir sur l'accord de levée des sanctions, alors que les grandes compagnies pétrolières multinationales commencent à réinvestir dans ce pays.

Ainsi à la veille de l'arrivée à la Maison Blanche, du président Donald Trump, on trouve dans la corbeille de la mariée des climato-sceptiques, des lobbyistes de l'industrie pétrolière et des conglomérats énergétiques qui se sont fortement impliqués dans cette élection, ainsi que des libéraux et les populistes américains nostalgiques. On peut d'ores et déjà dire que les sociétés pétrolières se réjouissent de cette élection, tout comme l'ensemble des industriels du secteur de l’Énergie. Ceci confirme le « pay-to-play » dans sa plus pure expression.

Sur le plan intérieur, est ce que Trump va faciliter les permis de forage comme il l'a déjà laissé entendre ? Il se présente comme un supporter des industriels du pétrole et du gaz ce qui laisse présager une ouverture pour le forage et l'exploitation sur une amplitude plus large à travers une grande partie du domaine public fédéral. Il serait apparemment plus enclin à encourager les forages dans l'Atlantique et l’Arctique.

Pour l'heure, tous les points d'achoppement feront l'objet de négociations croit-on savoir du coté de l'équipe de transition qui décortique tout le programme qui sera rendu public avec l'entrée de Donald Trump à la Maison Blanche le 20 janvier. On sait aussi que Donald Trump se montre parfois conciliant, parfois inflexible et donc rien n'est joué d'avance sur les dossiers sensibles qui engagent la communauté internationale.

Le secteur énergétique grand gagnant de l’élection

Les projets pétroliers nécessitent de gros investissements et des délais plus longs ce qui ne va pas changer de sitôt avec la nouvelle équipe des républicains à la Maison Blanche. Les volumes de productions ne vont pas connaître un rebond mais ce sera un stimulus qui conduira automatiquement à des volumes de production plus élevés des États-Unis sur le moyen et long terme. En clair, le secteur de l’Énergie (industrie du pétrole et du gaz) aux USA est l'un des gagnants dans cette élection. Les compagnies pétrolières américaines ont de beaux jours devant elles.

En conclusion, que sera le programme économique de la nouvelle administration américaine sous la conduite des républicains? Quelles conséquences pour l'industrie et les matières premières? Qu'est ce que le vote Trump changera ? L'équipe de transition, travaille d’arrache-pied pour former le prochain gouvernement et l'entrée en service de la future administration avec des réponses certainement à toutes ces questions.

Pour les spécialistes, le soutien des électeurs à Donald Trump vient de « sa capacité à transformer une crise de méfiance en une volonté de faire confiance sur tout ce qu'il dit et fait ». A cet égard, Trump, représente un réceptacle pour collecter toute la confiance d'une société qui ne croit plus en rien. Et rien que pour cela le mot d'ordre de l'ex- candidat «Make America great again» en dit long sur l'adhésion d'une partie de la société américaine à ce changement.

« Trump incarne les fantasmes les plus fous du rêve américain », ironisent les initiés. C'est un autodidacte de la politique mais qui est perçu comme un leader qui ne doit rien à personne, un self-made-man, un homme qui s'est fait lui même. A défaut de choisir un politicien soumis entre les mains des lobbyistes, les électeurs américains on opté pour un lobbyiste qui ne doit rien aux appareils politiciens

 
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