L’ÉLECTRIFICATION DE L’AFRIQUE les Projets et les enjeux

A la veille de la COP21, le rapport du think tank « Africa Progress Panel » dirigé par l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, rappelait au mois de juin 2015 le grand déficit qui existe en Afrique subsaharienne dans la consommation de l’électricité.

 

 A titre de comparaison, le rapport cite le fossé qui existe entre l’Afrique et le reste du monde et notamment l’Europe : « L’Espagne consomme plus d’électricité que l’ensemble de l’Afrique subsaharienne (à l’exception de l’Afrique du Sud). » Ainsi, pour une population de 47 millions d’habitants, l’Espagne consomme 243 milliards de kilowattheures par an, alors que l’Afrique subsaharienne (à l’exception de l’Afrique du Sud) n’en consomme que 139 milliards pour une population de 860 millions d’habitants », selon ce même rapport sur les progrès en Afrique, intitulé « Énergie, population et planète – Tirer parti des défis énergétiques et climatiques en Afrique».

En Afrique, deux régions se détachent dans le domaine de la consommation de l’énergie électrique, l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud qui ont réglé le problème de l’accès à l’électricité. Le reste du Continent quant à lui constitue la partie du monde où l’accès à cette énergie est le plus faible, ce qui fait que deux Africains sur trois, soit environ 621 millions de personnes, n’ont pas accès à l’électricité. En ce début du 21e siècle, cette situation risque de s’aggraver si les gouvernements et les organisations internationales ne s’impliquent pas sérieusement. Les citoyens des régions qui ont accès à l’électricité oublient généralement quant à eux l’importance de l’énergie électrique, vu l’habitude de l’acquis.

Deux Africains sur trois sont privés d’électricité

L’accès à l’électricité pour les régions défavorisées en Afrique signifie la réalisation des choses essentielles dans la satisfaction des besoins fondamentaux de la population. Il ya tout d’abord l’amélioration de la situation dans l’agriculture qui permet l’alimentation grâce au développement des techniques modernes de production. La santé est l’autre enjeu dans l’accès à l’électricité qui permet la disponibilité des équipements médicaux et l’hygiène alimentaire grâce à la réfrigération. L’accès à l’électrification permet dans certaines régions de ne plus utiliser le bois comme moyen de cuisson ou de chauffage. Ce qui libère les femmes et les enfants de certaines corvées épuisantes et évite également la déforestation. Il y a enfin évidemment le développement de l’accès à l’éducation grâce à l’énergie électrique.

Cette situation et le fait que le continent africain soit devenu une région très attractive pour les investissements en raison des ressources importantes dont il dispose ont donné lieu à plusieurs initiatives pour l’électrification de l’Afrique, étant donné l’importance de l’énergie et notamment de l’électricité dans le développement des investissements et dans la mise en valeur des richesses et des potentialités qui existent sur place. Ces dernières années, plusieurs initiatives pour l’électrification ont vu le jour. Elles surviennent après un constat fait par tout le monde : l’Afrique est la deuxième région du monde après l’Amérique du Nord à être attractive pour l’investissement, vu les immenses richesses que recèle son sous sol mais aussi un grand marché pour les énergies renouvelables, l’industrie et les services pour les grandes entreprises des pays développés.

 

L’initiative américaine « Power Africa »

Récemment, la première grande initiative en faveur de l’électrification de l’Afrique a été américaine. En effet, c’est en 2013 que les Etats-Unis annoncent le plan intitulé « Power Africa ». L’initiative annoncée par le Président Obama lors de sa tournée en Afrique en juillet 2013 s’est fixée comme objectif de doubler l’accès de ces régions à l’électricité en 2018. Au départ, le programme a été doté de 7 milliards de dollars en provenance de fonds publics. Les secteurs publics et privés américains avaient promis 14 milliards de dollars en plus. Pour la première phase du programme, six pays bénéficiaires ont été choisis. Il s’agit du Ghana, du Liberia, du Nigeria, de l’Ethiopie, du Kenya et de la Tanzanie. Selon l’USAID, l’agence gouvernementale américaine qui coordonne le programme, l’initiative doit permettre d’ajouter 60 millions de nouvelles connexions électriques et une nouvelle production de 30 000 Mégawatts aux réseaux de ces pays. Au cours du sommet Etats-Unis-Afrique tenu au mois de juillet 2014 à Washington, le Président de la Banque Africaine de Développement (BAD) a annoncé un engagement de son institution pour 3 milliards de dollars dans le Programme « Power Africa ».

Le plan américain a l’avantage d’avoir été pérennisé grâce à l’approbation le 1er février dernier de l’ « Electrify Africa Act » par la Chambre des représentants. Moins d’une année après le lancement de l’initiative américaine, l’ancien ministre d’État, n°2 du gouvernement français, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement et de l’Aménagement durables, Jean-Louis Borloo annonce dans un entretien à un media la création d’une fondation qui doit œuvrer à l’électrification de l’Afrique. Son principe de base est que si l’Afrique est en « panne », c’est faute d’électricité. Il défend le projet d’un « Plan Marshall » pour l’électrification du continent africain qui doit profiter aux 650 millions parmi ses habitants qui n’ont pas accès à l’électricité avec des idées de base telles que l’énergie c’est l’accès à l’eau, à la lumière, à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à l’agriculture, à l’industrie agroalimentaire et à la sécurité. Jean Louis Borloo obtient le soutien du Président François Hollande qui l’accompagne lors de la conférence de presse de lancement de sa fondation. Jean-Louis Borloo aurait rencontré plus d’une quarantaine de chefs d’Etat africains et parcouru prés de 500 000 km pour l’adhésion à son initiative.

La fondation de Jean-Louis Borloo

La Fondation lancée par Jean-Louis Borloo se fixe comme principal objectif 600 millions d’africains connectés à l’électricité d’ici 2025 et propose de créer une Agence qui gère cet objectif en y impliquant les pays africains. Sur le plan du financement, l’initiative se base sur un besoin de 200 à 250 milliards de dollars et propose pour sécuriser ces financements de mobiliser à travers une subvention publique internationale 50 milliards de dollars, soit 5 milliards de dollars par an durant dix ans. Lors du Sommet de l’Union Africaine du mois de juin 2015, un rapport du Président du NEPAD proposant la création d’un instrument dédié à l’accélération de l’électrification du continent africain a été adopté par les chefs d’Etats et de gouvernements africains.

L’intérêt pour l’électrification de l’Afrique revêt actuellement un double objectif pour les acteurs qui s’y impliquent. Il y a tout d’abord l’ouverture de nouveaux marchés pour les grandes entreprises et les effets que peuvent avoir ces marchés pour la croissance des pays d’où sont originaires ces grandes entreprises. Sur un autre plan, la démographie africaine inquiète beaucoup. Les flux migratoires de jeunes Africains en quête d’ilots de richesse et de lumière se développent de plus en plus en direction de l’Europe notamment. Dans moins de trente ans, l’Afrique comptera un milliard d’habitants en plus. On imagine le mouvement qui se développera vers l’Europe dans le cas où le Continent ne se développe pas et ne crée pas de nouveaux moyens pour pourvoir fixer cette population et la faire vivre. L’Algérie qui est située sur la route de l’Europe et qui était un pays de transit est devenue petit à petit elle aussi une destination. Les Etats-Unis et l’Europe ne sont pas les seuls concernés par cette question de l’électrification de l’Afrique et son développement.

Les acteurs du secteur de l’énergie devraient s’intéresser aux projets qui sont lancés et qui peuvent aussi bien aider l’Afrique à se développer, mais aussi contribuer à éviter les grandes crises à venir.

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