La transition énergétique Moteur d’un renouveau économique

une transition énergétique dans le cadre de l'utilisation de l'énergie, sur un modèle énergétique plus durable et plus économique, basé sur l'utilisation des ressources renouvelables. Cela permet, entre autres, de faire face à des problèmes d'approvisionnement en énergie, de déployer des ressources naturelles, d'évolution des prix et également de respecter l'environnement et de lutter contre les changements climatiques. La transition énergétique a tout d'abord un objectif environnemental. Ainsi, elle promeut la production d'énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, géothermie, hydroélectrique ...), pour la quasi-totalité des activités humaines (transports, industries, éclairages, chauffage, etc.).

Au-delà d’une transition en termes de production, il s’agit également d’une transition sociale et comportementale : les citoyens doivent être encouragés à participer activement à la transition énergétique par la maîtrise de la consommation d’énergie pour une meil- leure efficacité énergétique, mais aussi par un changement de comportements et d’usages.

La perspective de la transition énergé- tique, et dans une perspective plus large d’une société post-carbone, participe d’une volonté d’intégrer et d’agréger des dimensions transversales liées aux questions énergétiques et climatiques et suppose une vision systémique de ces problématiques. Il s’agit de se détacher d’une conception de la société indus- trialisée qui s’est bâtie, de la révolution industrielle à nos jours, sur le recours quasi exclusif aux énergies fossiles. Cette société, dite moderne, est, en ce début de nouveau siècle, en train de se transformer et connaît des mutations profondes d’ordre culturel, sociétal, éco- nomique, temporel et environnemental. Nous assistons donc à l’émergence d’une nouvelle modernité, rendue possible par les avancées techniques et technologiques, mais également du fait de phénomènes et d’enjeux nouveaux et globaux d’ordre climatique et éner- gétique. Ainsi, la transition énergétique nous amène vers une nouvelle forme de modernité et permettra de poser les bases d’une société post-industrielle, post-carbone.

Les enjeux de La transition énergétique

Le modèle énergétique mondial et donc économique est marqué par une aug- mentation importante de la demande en énergie par un recours largement majoritaire aux énergies fossiles, près de 80% du mix énergétique. Le modèle énergétique actuel est devenu un modèle de développement qui soulève de fortes inquiétudes. Aux nombres de celles-ci : la raréfaction des ressources fossiles et leur extraction de plus en plus difficiles, les dommages socio-économiques engendrés par les modes de produc- tion et de consommation des énergies fossiles, les tensions géopolitiques et la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de stabiliser le système climatique pour amoindrir les déséquilibres écosystémiques à venir. La transition énergétique est donc conçue comme une réponse à ces probléma- tiques et s’inscrit dans la continuité des nombreuses mutations énergétiques intervenues au cours de l’histoire.

A ses débuts, la transition énergétique devait essentiellement répondre à la dis- ponibilité des ressources énergétiques fossiles, notamment après le premier choc pétrolier. La transition énergétique apparaissait, alors, comme essentielle pour les pays industrialisés afin de se prémunir à la fois des chocs sur les marchés engendrés par des tensions politiques et géopolitiques mais aussi pour préparer l’ère de l’après pétrole annoncée par la théorie du Peak-oil. Or,depuis le début du 21ème siècle, force est de constater que la disponibilité des énergies fossiles est toujours aussi importante. Le peak-oil a été, selon l’agence internationale de l’énergie, atteint en 2005 pour le pétrole conven- tionnel. Cependant, les disponibilités en énergies fossiles restent toujours aussi importantes comme pour le charbon, le gaz et le pétrole non-conventionnels qui requièrent, quant à eux, des techniques d’extractions spécifiques à l’instar des pétrole et gaz de schistes qui font appel, entre autres, à la fracturation hydraulique. Les nouvelles techniques de prospection et d’extraction des hydrocarbures non-conventionnels ont considérablement augmenté les réserves d’hydrocarbure technique- ment récupérables. Les estimations de l’AIE font état de réserves mondiales importantes notamment pour le gaz de schiste dont les réserves sont estimées à 200 trillions de m3 et à 300 milliards de baril pour le pétrole de schiste.

Si, à ses débuts, la transition énergétique devait essentiellement apporter une réponse à la disponibilité des hydrocar- bures, elle est depuis les années 1990 et avec l’émergence de la problématique climatique, devenue un enjeu environ- nemental. Lors des accords de Paris sur le climat en 2015, la communauté inter- nationale s’est engagée, au travers du premier accord universel sur le climat, à limiter le réchauffement climatique à 2C°. Cet objectif présuppose une diminution importante des émissions de gaz à effet de serre engendrées par le recours aux combustibles fossiles. La transition énergétique doit, de ce fait, accompagner les Etats à développer des nouvelles sources d’énergies durables et renouvelables en tenant compte d’une augmentation grandissante de la demande en énergie. Celle-ci reste tirée par les pays industrialisés mais aussi par les pays en développement à l’instar de l’Inde, la Chine mais aussi les pays africains qui connaissent un fort développement économique et démographique. Ainsi, les besoins en énergie pour les années à venir, sont estimés, selon le scénario de référence de l’Agence Américaine de l’Energie, à 629 milliards de MBtu en 2020 et 815 milliards de MBtu en 2040, soit une hausse de 48% en moins de deux décennies.

Toujours selon le scénario de référence de l’EIA, les énergies fossiles pourraient toujours satisfaire plus des trois-quarts de la demande mondiale en 2040. En l’état des politiques actuelles, de nombreux organismes ont partagé ce constat, notamment l’Agence inter- nationale de l’énergie et a fortiori les « majors » comme BP et Exxon Mobil dans leurs scénarios énergétiques.

Au sein des énergies fossiles, le gaz naturel devrait, selon l’EIA, devenir la deuxième source d’énergie au monde devant le charbon à partir de 2030. A l’horizon 2040, le gaz et les énergies renouvelables pourraient chacun contri- buer à la production électrique mondiale dans les mêmes proportions (à hauteur de 28/29% du mix électrique) que le charbon, qui est de loin la première source d’électricité au monde à l’heure actuelle (près de 40% du mix électrique mondial).

 

Compte tenu de la prépondérance des énergies carbonnées dans le mix énergétique mondial, les émissions annuelles de CO2 liées à l’énergie pourraient atteindre 36 Gt en 2020 et 43 Gt en 2040 soit une hausse de 34 %. En l’état des politiques actuelles et en l’absence d’une amorce réelle pour une transition énergétique, l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris constitue une gageure. Pour rappel, l’accord de Paris engage les parties prenantes à limiter le réchauffement climatique en deçà de 2C° à l’horizon 2100 par rapport aux températures préindustrielles, et si possible à hauteur de 1,5C°. L’atteinte de cet objectif imposerait de réduire les émissions de 40% à 70% d’ici 2050 par rapport à 2010.

Impulser une nouvelle ère de développement et de prospérité

La transition énergétique est présentée comme indispensable pour répondre de manière durable au défi climatique mais aussi comme étant une nouvelle voie de développement des sociétés modernes. L’accent est majoritairement mis sur les retombés environnementales et sur les effets stimulant sur l’économie par la création de nouveaux gisements d’emplois mais aussi par un effet d’impulsion sur l’innovation technique, d’ailleurs transition énergétique est souvent synonyme d’innovation tech- nologique notamment dans le domaine des technologies de l’information mais aussi dans les modes de production d’énergies. Du point de vu de la théorie économique, la transition énergétique est analysée de façon classique, dans le sens où l’énergie employée sert le

développement économique et est un outil permettant le développement. Or une nouvelle voie d’analyse peut s’appli- quer à la transition énergétique dans le sens où le lien entre sources d’énergies et développement économiques est mis en avant, ce qui va à l’encontre de la vision classique de l’économie qui depuis deux siècles, depuis les travaux fondateurs d’Adam Smith et de David Ricardo, expliquent que l’accumulation du capital est le moteur de la croissance économique que connaissent les sociétés occidentales, puis une partie du reste du monde. Karl Marx était, lui aussi, convaincu de cette appa- rente évidence. Or, du point de vu de l’histoire, l’accumulation du capital (au sens moderne) n’a pas débuté au 18ème siècle avec l’avènement de la révolution industrielle, mais au moins deux cents ans plus tôt (grâce aux surplus de l’agriculture). La première « révolution marchande » des 12ème et 13ème siècle, qui permit entre autres, à l’Europe de sortir de la féodalité rurale, coïncide avec la généralisation des moulins à eau et à vent. Une nouvelle source énergétique, en plus de la photosyn- thèse et de la force animale, devenait disponible. De même, la découverte des applications industrielles du charbon, puis du gaz et du pétrole a joué un rôle décisif dans la révolution industrielle du 18ème siècle. De 1945 à 1975, période communément appelée les « trente glorieuses » a été une période de croissance économique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Là encore cette période coïncide avec une consommation sans précèdent et inédite d’hydrocarbures rendue possible par la découverte de nouveaux gise- ments mais aussi par l’amélioration

des techniques extractives et l’essor de la pétrochimie. Depuis lors, la planète n’a jamais retrouvé la vitesse de consommation d’énergies fossiles qui fut la sienne après-guerre. Mais cela n’est pas étranger au fait que nous n’avons jamais retrouvé non plus les taux de croissance du PIB des « trente glorieuses ». De ce fait, nous constatons qu’il existe bien un lien entre découverte et exploitation de nouvelles sources d’énergies et développement économique.

La transition énergétique s’inscrit donc dans la continuité des nombreuses mutations intervenues au cours de l’his- toire. L’exploitation de nouvelles sources d’énergies plus respectueuses de l’envi- ronnement, durables et renouvelables aidera la société moderne à entrer dans l’ère de la société post-carbone dont les déterminants économiques et sociaux sont encore à inventer. Le passage à de nouvelles sources d’énergie permettra aux sociétés de se développer de manière plus respectueuse de l’envi- ronnement et d’ouvrir une nouvelle ère de prospérité.

En guise de conclusion

La transition énergétique ouvre de nouvelles voies de développement éco- nomique et social, notamment pour les pays émergents et en développement en ce sens où elle nous engage à repen- ser nos modèles de production et de consommation. Cependant, son amorce présuppose une volonté politique forte pour définir les orientations et les objec- tifs assignés à la transition énergétique car elle est porteuse de changements institutionnels, sociaux et organisa- tionnels. Elle ne doit pas être réduite au seul remplacement de sources fossiles par des sources renouvelables. Elle doit être conçue de manière complexe et systémique et doit se conformer aux besoins de développement nationaux. La transition énergétique si elle est bien conçue peut permettre la création de nouvelles filières industrielles ou encore donner un avantage compétitif aux industries existantes. Au-delà des impacts positifs sur l’économie, la transition énergétique peut avoir des effets importants d’un point de vu social. En effet, elle permettra un accès plus égalitaire à l’énergie par une réalloca- tion, par exemple, des subventions aux énergies fossiles vers d’autres formes d’énergies. Le déploiement des énergies renouvelables va forcément obliger les Etat à repenser leur schéma énergétique en accélérant la décentralisation de la production d’énergie ce qui imposera de repenser les systèmes politiques et administratifs. A une plus longue échéance, la transition énergétique va obliger la société à redéfinir son « contrat social », de nouveaux équilibres sociaux et politiques devront être trouvés.

 

 

 

 

 

 

 

Hits 397